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 Cassius, la rencontre !

Le 15 Octobre 2002

Cassius, la rencontre !

Cassius, la rencontre !

Tournant le dos à la house filtrée et samplée, le french tandem Zdar-Boombass alias Cassius mise sur le son des vrais instruments et le pouvoir des chanteurs. Quitte ou double ?
Ce fut l’enterrement de la french touch, le début d’une nouvelle ère. Et surtout, pour ce qui nous concerne aujourd’hui, l’étincelle chamboulant la genèse d’"Au rêve", le nouvel album de Cassius. Presque deux ans après son arrivée, la faramineuse boîte à malice "Discovery" des Daft Punk continue de déployer son aura, insoupçonnable à sa sortie. Si leurs fans de la première heure, et les critiques dans leur ensemble ont généralement montré des réserves face à ce manifeste excentrique, les artistes, eux, ont d’emblée accueilli cet ovni comme une révélation. Une véritable révolution, comparable aux émois suscités en leurs temps par "Sergent Pepper" des Beatles, "Sandinista" des Clash ou encore "Kid A" de Radiohead dans la sphère rock. En explorant de nouvelles sources d’inspiration parfois aux antipodes de la culture house et techno, en s’autorisant toutes les fantaisies au niveau de la production, Thomas et Guy-Man ont provoqué chez nombre de leurs confrères la même envie de création d’une musique libre et sans tabous. Les deux compères de Cassius avouent spontanément la claque immense qu’ils ont prise à l’écoute de cet album : « Nous étions dans une période un peu creuse lorsque "Discovery" est sorti. Il nous a mis la barre grave ! » explique Hubert “Boombass” Blanc-Francard, moitié du duo avec son complice Philippe “Zdar” Cerboneschi. «Ce fut vraiment un déclencheur» renchérit ce dernier, mi-juin dans les nouveaux locaux parisiens de leur manager, “the famous” Pedro Winter (également responsable des affaires des Daft). « Nous avons été confortés dans l’idée qu’il fallait sortir quelque chose qui n’avait rien à voir avec notre premier album. Pour moi leur message était simple : rien à foutre que tu aimes ou que tu n’aimes pas, on verra dans dix ans. À cette occasion, Daft Punk s’est ‘réinventé’ et nous a remotivés. Dès cet instant nous nous sommes méchamment replongés dans le boulot. Cette volonté de réaliser quelque chose de différent est d’ailleurs le seul élément que nous ayons calculé. »

Polémique à suivre Loin d’être aussi spectaculaire que "Discovery", mais tout comme lui extrêmement généreux, bien que sous-tendu par un égoïsme forcené (si l’auditeur comprend la démarche tant mieux, sinon tant pis), Au rêve est suffisamment singulier pour avoir déclenché une mini-tempête au sein des “teknocritiks” dès l’apparition des CD’s promo. Tout l’été, on s’est ainsi étripé joyeusement sur le sujet en se renvoyant à la gueule les arguments les plus improbables : “pur produit branché issu d’une connexion Canal +/Respect”, “du sous-Armand Van Helden”, “génialement populaire”, “inutilement bien fait”, “lourdingue et dépassé”, “passéiste”, “fulgurant et original”. Le débat est lancé et parions que d’ici à la sortie mi-octobre de l’album il n’est pas prêt de s’éteindre. Au-delà de ces (amicales) querelles pour coins VIP, force est de reconnaître l’évolution spectaculaire de Cassius et, n’hésitons pas à l’écrire, remarquable. Flashback. Déjà partenaires au sein du séminal projet abstract hip hop La Funk Mob, l’ingénieur du son Zdar et le producteur Boombass décident de se mettre sérieusement à la house, après leur remix du “Sexy Boy” de Air. Nous sommes en 1998. Le phénomène french touch rallie tous les suffrages, la terre entière a succombé, le son français est devenu le maître du monde. On exagère à peine… À l’époque, les deux complices ont déjà sorti le maxi à tirage confidentiel “Foxxy” sous pseudo L’Homme qui Valait Trois Milliards (1996), mais ce n’est que fin 1998 avec “Cassius 99” que le nom éclate au grand jour. L’album à suivre et sa kyrielle de hits (“Cassius 99” donc, “Feeling For You”, ou “La Mouche”) s’inscrivent parfaitement dans l’air d’un temps dédié à une house filtrée hautement funky dont nos compatriotes se sont fait les spécialistes.

Caser des voix Quatre ans plus tard, laissant la house filtrée à Modjo, le brun Zdar et le rasé Boombass explorent un nouveau terrain de jeux dont la découverte remonte paradoxalement à la promo de “1999” : « Nous cherchions alors un dernier single, se souvient Zdar, Nous avions rencontré Jocelyn Brown à Miami et nous voulions la faire chanter sur ‘Foxxy’. Finalement nous avons préféré nous lancer immédiatement sur un nouvel album. ‘I’m A Woman’ sur laquelle elle chante est la première véritable chanson que nous ayons composée de notre vie. Nous avons passé énormément de temps dessus, nous nous sommes éclatés. Cette base nous a servis pour développer le reste de l’album. Être dans un studio avec quelqu’un qui chante bien, c’est une drogue dure. La porte était ouverte. Si on s’était planté dès ce premier essai, nous aurions peut-être arrêté. » À ces voix omniprésentes sur l’album s’ajoute l’abandon de la politique du 100 % samples : « Nous avions l’impression que la musique était devenue trop glauque, continue Hubert. Tout le monde utilisait des beats et des samples. Honnêtement nous ne nous éclations plus à bosser sur du découpage de samples. Nous avions vraiment l’impression d’avoir fait le tour de la question. Je peux comparer cela avec la génération qui se met aujourd’hui à la photo numérique et qui dans dix ans achètera un vieux Nikon et se dira en voyant le résultat : ‘oh putain, ça tue !’. Avec ‘I’m a Woman’, nous avons réalisé que nous pouvions aussi faire des morceaux trippants qui ne soient pas basés sur les disques des autres. » À cette révélation s’est ajoutée une modification de leur méthode de travail. Ces perfectionnistes nés ont forcé leur nature en laissant une plus grande place au hasard : « Dans la production, nous avons créé artificiellement une suite d’accidents : chaque fois que la base de départ était trop classique, nous chamboulions tout pour ne garder que l’essence du morceau. On a trouvé que c’était le seul moyen de composer qui pourrait nous étonner » , déclare Philippe.

Star Guitar Pour appuyer ce nouveau fonctionnement, les samplers, leur ancienne arme fatale, sont (définitivement ?) rangés dans les placards, et l’avance de la maison de disques est engloutie non pas dans des machines futuristes mais dans du matériel garanti vintage. Mieux : se souvenant de leur formation de batteurs (leur idole est John Bonham, le cogneur de Led Zeppelin), Zdar et Boombass n’ont pas hésité à empoigner non seulement les baguettes mais également les basses, les claviers et surtout les guitares. Et oui, alors que l’on pensait ces dernières définitivement mises au placard, dépassées par les Pro Tools et Akai S quelque chose, le retour en force des Fender Stratocaster et autres Gibson SG est bien la grande affaire non seulement d’"Au rêve", mais plus généralement de ce début de siècle. Le symbole du rock’n’roll crache de nouveau son venin. The Strokes, White Stripes, Black Rebel Motorcycle Club, The Hives ou The Vines et même The Rapture ou Trash Palace : tous ces habiles recycleurs de vieilles recettes sont bien les grands vainqueurs du moment, grâce principalement à leur fulgurant pouvoir scénique. Les seuls platinistes-électroniciens ont donc peut-être du souci à se faire. Fin de la parenthèse. Revenons donc à Cassius et plus particulièrement à l’invité principal d’"Au rêve", bavard jusqu’à l’excès diront les détracteurs : Mathieu Chédid alias M. Le troisième Cassius comme le décrit Zdar en expliquant le rôle clé du fils de… « Mathieu joue sur beaucoup de morceaux et il a eu une influence primordiale sur ce disque. Il est complètement malade, il débarque à deux heures du matin dans le studio et il se met à faire des parties de guitare même si on ne lui a rien demandé. Tous les solos c’est lui, toutes les mauvaises guitares c’est nous. (rires) Mais des trucs faux cachés à l’intérieur d’un morceau, cela donne de l’harmonie et de la magie. Dans la house et dans la techno, des morceaux sont magiques parce que c’est un peu ‘bleu’. Ce mélange correspondait à notre volonté de mixer hi-fi et lo-fi. » Mais le mélange qui fonctionne le mieux au sein de Cassius, c’est encore la réunion de deux personnalités : un charmeur extraverti et généreux (Zdar) et un introverti attentif mais “fou dangereux” selon son alter ego (Boombass). La relation entre ces deux amis de dix ans a trouvé son apogée dans la réalisation de cet album et lui a sans doute donné son côté personnel et intriguant sur les titres les plus réussis (“Hi Water”, “Nothing”, “Au rêve”). « Plus le projet avançait, plus nous travaillions en symbiose totale » , raconte Hubert. « C’est un peu ce que vivent deux alpinistes se retrouvant en haut d’une montagne, ils partagent un truc unique » , complète Philippe, ancien moniteur de ski.« Il reste les morceaux et l’on se dit que peut-être le public va participer un petit peu au plaisir que nous avons eu à réaliser ce disque. Il s’est vraiment passé quelque chose de fabuleux entre nous, et une fois que les mixes ont été terminés, j’ai vraiment eu le blues. J’espère que les mecs qui aujourd’hui me parlent encore de "Pansoul" de Motorbass me diront la même chose d’"Au rêve" dans huit ans. » Rendez-vous est pris.





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