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 Le Peuple de l'Herbe en Interview !

Le 02 Octobre 2002

Le Peuple de l'Herbe en Interview !

Le Peuple de l'Herbe en Interview !

Peuple de l'Herbe : belle affirmation des vertus d'un droit de la Terre, à connotation sans équivoque. Ces Lyonnais aiment fumer la verdure, le revendique, leur musique en est directement inspirée. Un patchwork sans nom de dub vrombissant, de drum&bass déchaînée, de hip hop tranchant. D'influences latines, salsa ou batucada. De soul, de house de funk... La liste est sans fin, le Peuple de l'Herbe agit comme une plante carnivore et laisse éclore des fleurs de toute beauté. Sur l'album "Triple zéro", paru en 2000 sur leur propre label Supadope, ou lors de prestations live fiévreuses...
Les racines ? Sans doute les soirées Groovambar, imaginées par le duo de djs Pee et Stani, têtes pensantes du groupe. Là, ces deux aficionados du vinyl entrechoquaient les styles dans une grande allégresse : pourvu que le groove en découle...
C'est là que s'est formé le Peuple de l'Herbe, dans la foulée du split de DNC, combo hip hop remarqué où officiait Stani. Depuis, ils ont rejoint la vivace scène lyonnaise, gravité autour de Jarring Effects, avant de s'affirmer avec "Triple zéro". L'un des meilleurs mélanges sur le marché, garanti sans produits frelatés ! Desormais, terminée l’image de rigolos, un peu dilettantes, amateurs de THC. Le Peuple de l’Herbe franchit une nouvelle étape en pariant sur la musicalité et la profondeur. Option gagnante !
"Welcome to the next level." Si l’on aime les symboles, on trouvera très révélateur ce sample vocal dès le premier titre du second album du Peuple de l’Herbe.

Avec "PH Test/Two", le détonant mélange hip hop/ragga-jungle des Lyonnais franchit un nouveau cap. Même si Le Peuple ne s’est pas mis à faire du R&B ou de l’électronica, la manière de concevoir cet album ambitieux a beaucoup évolué par rapport à son prédécesseur "Triple Zéro".

"Nous avons composé cet album à quatre alors que le précédent était l’œuvre de Stani et de moi-même, explique Pee, porte-parole naturel du groupe. Instinctivement nous avions une démarche lo-fi puisque nous ne possédions pratiquement pas de matériel : nous faisions avec les moyens du bord. L’apport scénique de Psychostick (batterie, ndr) et de N’Zeng (trompette, ndr) nous a donné envie de les impliquer davantage dans la réalisation de cet album."

Et cela s’entend. D’abord, N’Zeng a incontestablement apporté toute son expérience de musicien dans la production des arrangements. Ensuite, les samples se sont effacés au profit des sons et des textures, d’une instrumentation live et même des voix puisque UK Apachi, le vétéran ragga-jungle et le véloce MC JC001, aperçu chez Badmarsh & Shri et Nitin Sawhney, font des apparitions remarquées constituant les sommets du disque.
Oubliés donc les bouts de dialogue tirés de vieux films, les samples de chansons de variété française, et les intermèdes comiques, Le Peuple de L’Herbe, agacé de passer pour une bande de petits rigolos, tourne la page et entame une mutation volontaire :
"Après le premier album, beaucoup de journalistes nous rencontraient parce qu’on s’appelait Le Peuple de l’Herbe et que cela les faisait marrer, raconte Stani, le cofondateur du groupe. On ne parlait pas beaucoup de musique. La plupart du temps, les questions tournaient autour de la drogue.

Désormais, nous sommes plus sérieux dans notre démarche musicale. Nous avons été obligés d’avoir une certaine rigueur car mélanger des machines et des instruments acoustiques n’a rien d’évident. Sans compter que nous avons beaucoup durci notre son lorsque nous jouons en sound system et cela a sans doute influencé notre travail."


Mais sous l’effet de cette nouvelle orientation les quatre Lyonnais ne se sont pas transformés en bouffons prétentieux et austères.
"Nous sommes toujours débiles » affirme Pee hilare en cette mi-mai dans les locaux de leur maison de disques parisienne.
C’est vrai que depuis notre première rencontre en Avignon il y a un an et demi, et malgré cette approche musicale devenue plus réfléchie et mature, le quatuor n’a pas changé : toujours aussi naturel et disponible.

Et ce n’est pas leur dernier triomphe aux Victoires de La Musique où ils ont remporté la catégorie “révélation scénique de l’année” qui leur a gonflé le ciboulot. « Cela a été une surprise de bout en bout. Déjà le fait d’être nominé, même Pias (leur label, ndr) n’y pensait pas. À l’époque, nous étions en studio vingt-quatre heures sur vingt-quatre, nous n’allions pas perdre du temps à faire les couillons pendant deux jours.
D’autant plus que nous voulions y aller uniquement si nous jouions en live. Ce n’était pas le cas. Mais comme c’était l’anniversaire de la copine de Zeng et Pee fêtait la naissance de son fils, on a fait une bonne teuf tout en jetant un œil sur la télé. Du coup, on a débouché d’autres bouteilles. Autrement on ne voit pas trop de changement. Ah si, c’était la première fois que je réussissais un examen !" avoue fièrement Stani.

"En tout cas, aux Assedic cela peut servir quand je fais la queue. Je dis : ‘Je suis un ancien combattant moi monsieur, j’ai fait les Victoires de la Musique" renchérit le jeune papa dans un éclat de rire.

Nous voilà définitivement rassurés. Le Peuple de L’Herbe n’a pas perdu le sens de l’humour. Même s’il possède un peu plus le sens des responsabilités.

Le Peuple de l'Herbe, en concert au Transbordeur le 07 novembre 2002.





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