Le 12 Juin 2002
Interview Patrick biloe

"Ce dossier a subit des pressions très lourdes y compris de la part des concurrents qui, localement, ont fait tout ce qu’ils ont pu pour empêcher la réouverture"
Patrick Biloé est aujourd'hui le nouveau gérant du Titan. Il défend depuis plusieurs années les droits et libertés des discothèques sur l’ensemble des 98 départements du pays avec en charge plus de 1000 entreprises.
Selon lui, la profession est malmenée et victime de nombreuses idées préconçues. Les discothèques sont des entreprises à part entières et sont confrontées à des services qui méconnaissent certains textes, les interprètent ou les exploitent dans leur sens. Son rôle est d’encadrer et d’assister les exploitants de discothèques en prise avec les pouvoirs publics, clarifier les dossiers périlleux en terme de respect des droits et libertés..
Rencontre et interview exclusive.
Pourquoi aujourd’hui se pencher sur le Titan ?
C’est un dossier particulier qui est arrivé sur mon bureau dans le cadre de l’assistance et de la défense des libertés de cette entreprise, je me suis aperçu que la décision de fermeture administrative qui a été prise retirait toute liberté de travailler et de générer des richesses. Elle a mis en péril économiquement cette société et ses propriétaires, qui sont d’ailleurs très âgés et qui ont décidé d’arrêter.
Les entretiens ont été orientés avec les pouvoirs publics pendant plus de 6 mois. Ce dossier a subit des pressions très lourdes y compris de la part des concurrents qui, localement, ont fait tout ce qu’ils ont pu pour empêcher la réouverture.
Face à ce climat nauséabond, je me suis trouvé au milieu d’une situation où j’ai constaté la très grande honnêteté des anciens dirigeants et propriétaires qui ont compris que nous n’étions plus à l’époque d’une gestion et d’une exploitation d’entreprise comme eux la voyait depuis plus de 50 ans.
Le départ des anciens propriétaires met un terme à 50 ans d’activité. Cette fermeture les a ruiné économiquement et a précipité l’entreprise au bord d’un dépôt de bilan « inévitable » d’où une restructuration pour retenter de relancer la machine.
Dans ce dossier, 95 pièces de procédures pour 65 qui n’ont toujours pas été transmises aux victimes et à l’entreprise, le parquet a pris une décision, le tribunal correctionnel doit rendre son jugement sur une soi-disant affaire de mineure qui aurait dansé quasiment nue. Nous avons pu constater que lors des 4 audiences, la plaignante ne s’est jamais présentée.
C’est un dossier embarrassant pour tout le monde. Cela empêche toute forme de défense, d’organisation de stratégie. Nous sommes demandeurs des pièces de procédures manquantes.
La raison valable, écrite sur l’arrêté préfectoral : « incitation de mineurs à la débauche », pour résumé. Mais rien n’est matériellement prouvé, c’est la raison pour laquelle on comprend pourquoi les anciens propriétaires ont décidé d’arrêter après 50 ans de bons et loyaux services, de parcours sans le moindre problème. Ils ont eu à vivre 6 mois de harcèlement, de lynchage médiatique, d’injures et de procédures. C’est inhumain.
Il faut savoir que les autorisations d’ouvertures, les conditions de fonctionnement sont délivrées sur la base d’un texte de 1941, rédigé sous le gouvernement de Vichy.
Quand vous rapprochez le fait que l’obsolescence d’une discothèque est de 3 ans, on est loin du compte.
La France est le premier pays touristique d’Europe et elle contient le plus petit nombre de discothèque. Depuis 3 ans, on a enregistré 400 dépôts de bilan de discothèque en France, causés pour la plupart par la sur réglementation.
Sur ce sujet, nous sommes dans un environnement de non-dit, de ficelles que l’on tire souterrainement et ce n’est pas du ressort des exploitants de discothèque, eux subissent.
Dans le cadre de ce dossier, on a découvert au travers d’une enquête qu’il y a un énorme projet immobilier sur les bords de Saône, répartis sur 2 communes qui seraient Albigny et Couzon aux Monts d’Or.
L’historique de ce projet m’échappe, les personnes intéressées ne m’ont pas été révélées mais je me pose une question. En considérant que le 15 décembre 2001 la ville de Couzon a été le théâtre d’une manifestation publique anti-Xyphos, dont le maire était tête de file et aujourd’hui avec ce dossier de projet immobilier, je m’interroge et je n’ai pas encore de réponse. Pour quelles raisons alors, Monsieur le Maire se serait présenté au domicile de M. et Mme Develay, accompagné de promoteurs immobiliers, d’investisseurs et d’élus locaux pour mettre en relation des acheteurs à l’égard de vendeurs potentiels.
Je m’interroge sur les raisons, les objectifs, les intérêts… Surtout qu’en parallèle, j’ai un dossier de procédure administrative lié à la fermeture. J’ai un second dossier de procédure pénale, toujours lié à cette fermeture, qui sont aussi vide l’un que l’autre.
Alors peut-être que vos lecteurs feront une passerelle rapide, confortable, par simplicité, de lien l’un à l’autre. Moi, je ne sais pas.
D’abord les établissements de cette taille ne peuvent plus être gérés par une seule personne.
Il y a une impérieuse nécessité à déléguer. Les contraintes administratives, réglementaires, légales, sont devenues nombreuses et exigeantes alors q’en parallèle il y a lieu de développer de l’énergie sur le plan artistique, les soirées.
Donc il y a un organigramme, nouveau, qui est mis en place. Ma fonction est limitée à tout ce qui est administratif, juridique, gestion et administration de l’établissement, encadrement du personnel…
Il y a un très bon esprit d’équipe, tout le monde a son mot à dire et c’est une volonté respectée de la direction. Tout le monde est conseillé avant toute décision.
Quelles mesures prendre pour éviter les problèmes futurs ?
Il y a d’abord des points essentiels. La loi n’interdit nullement les mineurs d’entrer en discothèque et c’est là où il faut remettre les pendules à l’heure.
La loi (article L 80 et suivants de l’ancien code des débits de boissons) dit que :
Moins de 13 ans : entrée interdite
De 13 à 16 ans : entrée accompagnée d’un majeur tuteur
De 16 à 18 ans : entrée libre
Enfin, moins de 18 ans : la consommation d’alcool est interdite.
Soulignons qu’un client est responsable de son comportement.
Pour les mineurs, un filtrage va être opéré, les personnes qui auront la corpulence ou les traits de visage qui paraîtront particulièrement juvéniles feront l’objet d’un interrogatoire particulier pour justifier de leur âge en leur rappelant, et elles seront affichées, les obligations de la loi, parties intégrantes du contrat de travail du personnel d’entrée et de sécurité.
Il faut savoir que la France est le seul pays d’Europe à avoir des portiers, des agents de sécurité alors qu’en Italie, Belgique, Espagne ou même en Allemagne, il n’y a pas de portiers, il y a une autodiscipline du citoyen qui n’existe pas en France et une fois encore la réglementation n’est pas la même. En France, nous sommes obligés d’employer du personnel pour dire « non » à l’entrée, c’est quand même un non-sens dans une entreprise qui fonctionne avec l’argent du client. L’attitude comportementale pose un vrai problème.
Vous êtes en place pour un mandat, un contrat à durée déterminée ?
Oui, il faut remettre l’entreprise sur les rails, beaucoup de choses sont à faire, reconstituer une équipe, une trésorerie, renouer les contacts avec les partenaires, dont beaucoup ont tourné le dos et fort des rumeurs, nombreux naïfs se sont laisser influencer.
Donc j’ai souhaité une période limitée pour prendre connaissance du contexte avant d’aller plus loin.