Le 16 Mai 2003
Laurent Wolf : l'Interview !

Laurent Wolf est un DJ, auteur, compositeur et remixeur de talent, une technique hors pair qui fait référence et des productions qui commence à retourner les dancefloor. Auteur du désormais célèbre Saxo, il s’apprête à sortir un nouvel album, son premier. Après ses compilations mixées, il se lance dans l’aventure solitaire de l’artiste face à la sanction du public. Gageons que le plébiscite sera au rendez-vous pour Laurent Wolf, bien aidé par le phénoménal Saxo, l’un des tubes certains sur les dancefloor pour cet été. Une sympathie à toute épreuve, un DJ star, un artiste en plein essor, rencontre avec Laurent Wolf !
Parle nous de l’endroit où tu aimerais être résident…
En fait je n’ai pas de lieux où j’aimerais être résident en particulier, il y en a une bonne vingtaine que j’apprécie énormément. J’aimerais bien être résident genre l’été au Pacha parce que ça me correspond plus musicalement parlant, c’est plus house donc personnellement ça me convient. J’aimerais bien être résident au Maximum à Kiev, la boite où je vais régulièrement, ou au 287 où je ne mixe que de façon occasionnelle. Ça vient du positionnement de la cabine par rapport au reste de la boite, de l’ambiance qu’il y a, de la qualité du son et des gens réceptifs.
Ton avis sur les DJ School ?
Très franchement je ne connais pas du tout ce milieu là donc je ne peux pas émettre d’avis, qu’il soit positif ou négatif. Je n’y ai jamais mis les pieds donc je ne sais pas comment ça se passe ! Moi j’ai commencé tout seul, je suis un autodidacte et je ne pense pas qu’il y ai une recette miracle qui fasse mixer mieux… il y a certainement de très grands DJ qui sont passés par ces écoles et d’autres qui ont démarré tous seuls dans leur coin ; maintenant moi je pense qu’apprendre soi-même c’est ce qu’il y a de mieux, tu repères plus facilement tes erreurs et tu corriges tes défauts automatiquement.
Les qualités pour être un bon DJ ?
Regarder autour de soi et d’abord faire plaisir aux gens !
Le lieu qui représente le plus la musique électronique ?
Londres, parce que je pense que c’est la ville où il y a le plus de culot et d’audace dans les productions. Il y a une grande créativité dans les morceaux, et une grande prise de risques… ça peut ne pas marcher, comme pour la Jungle ou des sons comme ça, mais ils tirent la musique électronique vers le haut et ils n’arrêtent jamais d’oser. La Jungle n’a pas vraiment marché, sauf sur les musiques de Playstation (rires) mais ils essayent des choses et c’est important d’avoir des gens comme ça !
Comment tu vois évoluer la musique électronique et la tek house en particulier ?
Je pense que ça sera comme la civilisation, c’est à dire un métissage avec pleins de sons, des sons africains, indiens, américains, on a accès à beaucoup de choses maintenant avec les transports rapides, et plus facilement. Pour moi la musique sera un mélange de plein de sonorités et de cultures différentes.
Justement, chez toi on retrouve des thèmes récurrents dans les instruments utilisés pour tes productions, il y a une raison à ça ?
C’est parce que je crois qu’à mon niveau musical je suis plus fort dans la rythmique et dans les percussions plutôt que dans la mélodie, les arrangements et tout ça… je n’ai pas de formation musicale à la base, donc peut-être que ça joue aussi beaucoup ! Je n’ai jamais fait de solfège, ni suivi de cours de piano ou quoi que ce soit quand j’étais petit.
Ton meilleur et ton pire souvenir dans une soirée ?
Peut-être que le meilleur c’était une soirée au Liban : début du set avec le coucher de soleil, fin du set avec le lever du soleil, le tout sur la plage et devant 5000 personnes… c’était vraiment super ! Le pire c’est une soirée dans un petit club où on n’avait rien à faire, le gars avait quand même pris le cachet alors qu’il pouvait y avoir 50 personnes à tout casser ! Il pensait qu’il y aurait la queue devant la porte du club parce que j’étais là mais il ne s’est pas aperçu que musicalement ça ne correspondait pas du tout, et il ne s’est pas rendu compte que sa boite avait une clientèle bien précise et que… ce n’était pas de leur faute, ni de la mienne ! C’était le mauvais endroit au mauvais moment !
Tu mixes et tu produis, si on te demande de faire un choix tu gardes quoi ?
Les 2 ! Oui les 2 parce que j’aime autant mixer que produire… ce sont 2 choses complètement différents puisque mixer c’est être au milieu de plein de monde, sous les projecteurs, des gens viennent spécialement pour te voir et tu dois donner quelque chose au public sur le moment, c’est instantané. Et créer c’est être tout seul au studio, tranquillement, isolé un peu de tout le monde. J’aime vraiment les 2 parce que cette différence me permet de trouver un équilibre.
Passer un morceau sur lequel tu as beaucoup travaillé lors d’un set, ça te fait quoi ?
Eh bien en fait je suis quelqu’un de perfectionniste, je ne suis jamais content de moi. Si le public aime, alors je vais être content par rapport au résultat parce que c’est quand même ce qui est recherché, mais quand je rentre chez moi je regarde quand même l’endroit où dans le morceau ça pourrait être mieux, le moment précis qui pourrait tout faire exploser. En fait je rentre chez moi à moitié content !
Tu fais quoi d’ailleurs quand tu ne travailles pas sur tes productions ?
Je fais du cheval ! J’ai commencé il y a 1 an et demi, j’ai découvert ça un peu tard et c’est dommage mais maintenant c’est une passion comme la musique.
Laquelle de tes productions préfères-tu ?
Euh… « Amovitam » parce que c’est à la fois un morceau qui plait et qui est très complexe techniquement, c’est certainement le plus compliqué que j’ai eu à faire. Il est exclusivement sur la compilation Tech House Clubbing vol.2, c’est le dernier titre ; il paraît très simple, très rotatif mais c’est vraiment un des plus compliqués pour moi (il y a au moins 50 pistes)
Pourquoi avoir choisi de faire 2 cd pour la compilation Tech House Clubbing vol.2 ?
2 cd parce que il y a beaucoup d’endroits house autres que des clubs qui existent en France, des restos, des pubs, des cafés branchés et c’est donc intéressant de leur donner une compilation mixée, bien produite, propre, calée au BPM et vraiment orientée club ; mais en même temps je me suis rendu compte en tournant en France qu’il n’y a pas vraiment de boutiques spécialisées dans les musiques électroniques, sauf dans les grandes villes ! Ce n’est pas toujours facile de trouver des nouveautés quand on habite un coin isolé dans la France ! On n’a pas toujours accès à 10 boutiques avec tous les labels anglais, belges et tout le reste… unr compilation reste très accessible puisque c’est diffusé dans les grandes surfaces, dans les magasins spécialisés (genre Fnac, Virgin, etc…) et ça permettait d’offrir à ces personnes-là un peu isolée de pouvoir se procurer des nouveaux sons et d’extraire les pistes facilement pour pouvoir les mixer chez soi. Dans une compilation mixée il n’est pas toujours évident de pouvoir garder une seule piste pour la mixer dans une soirée…
Avec cette facilité d’extraction de pistes, tu n’as pas peur de la diffusion sur le net et du mp3 ?
Bof, je ne crains pas vraiment ce trafic… en fait ça ne me dérange pas qu’il y ai ce trafic là parce que c’est un moyen très facile pour moi de voir ce qui a marché ou pas dans mes productions ! Si tu as une vingtaine de serveurs qui proposent un de mes titres, c’est qu’il marche bien ; c’est ce qui se passe pour « Saxo » en ce moment ! En revanche si tu as peu de résultats alors ça veut dire que ce titre n’est pas encore très demandé ! C’est beaucoup mieux que la SOFRES à la limite, et puis c’est international et donc je vois ce qui s’exporte le mieux ! Le seul souci c’est que juridiquement il n’y a aucune protection sur les titres et que si je devais vivre uniquement de ça, là ça me ferait mal !
En période de création, quelles sont tes influences musicales ?
Là je sors de l’album et j’ai du sortir plein d’idées donc là je suis un peu vidé. J’ai quelques petites choses à faire mais je tourne aussi beaucoup en rond ! J’ai tout donné là pendant 3 ou 4 mois donc je vais aller me reposer un petit peu et c’est justement dans ces périodes de repos ou quand je fais du cheval que je prépare les prochains titres. Je n’écoute pas de disques en particulier. On s’inspire toujours des choses, mais moi je ne m’inspire que de ce qui me plait et qui n’a pas été développé vraiment à fond ; je ne prend pas le morceau en calque, mais je m’en inspire ça c’est clair !
Tu as travaillé sur Radio FG, tu penses quoi de la radio en France ?
Je pense qu’il y aurait quelque chose de bien à faire, il y a des grandes radios nationales qui jouent les mêmes titres à quelques différences près et je trouve ça un peu idiot. On va dire que s’il y avait 10 radios nationales en France, au lieu qu’ils se partagent tous la même part de gâteau, qu’ils fassent une radio groove, une radio électro, une radio rock, une radio house, etc… moi je trouve qu’il y a une sorte de boycott quand même et qu’on passe à côté de plein de choses. Il y a 6 mois tu étais sur l’autoroute, tu avais beau zapper tu tombais toujours sur Las Ketchup alors qu’à côté de ça il y a des jeunes qui ont leur studio et qui aimeraient beaucoup pouvoir diffuser au moins un de leurs titres sur une radio nationale ! Il faudrait un peu fonctionner comme certaines discothèques et faire des salles thématiques et multi ambiances…
En cherchant des infos sur toi sur internent, on tombe sur la page personnelle d’un homonyme saxophoniste et d’un professeur de linguistique… mais pas grand chose sur toi ! Un site officiel bientôt ?
Alors je n’ai pas fait exprès avec cette histoire de saxo (son dernier tube s’appelle « Saxo » ndlr) ! Mon site officiel sera prêt d’ici peu, ce sera une page d’accueil ou on pourra écouter des tracks, avoir le contact et puis échanger des idées. Moi je trouve qu’Internet c’est encore assez mal géré mais c’est quand même un outil super qui n’est encore pas exploité comme il le devrait ! Même moi je n’ai pas le haut débit par exemple et je rame dans ma campagne ! Ce n’est pas encore exploité à 100% mais dans quelques années ce sera vraiment quelque chose d’énorme dont on ne pourra pas se passer et ce sera très important !
Dernière question : un dilemme ! Tu préfères mixer des sons que tu aimes devant 10 personnes qui sont blasées, ou bien mixer des sons que tu détestes devant 2000 personnes en furie ?
Sans hésiter les 10 personnes ! Pour moi mes meilleurs souvenirs en club c’est les plus petites boites, quand il n’y a pas plus de 1000 personnes… dans les grands complexes il y a trop de recul par rapport au public et puis il y a un décalage au niveau du son pour des raisons techniques et ça n’est pas toujours agréable… Merci à Laurent Wolf et Christian Lester pour leur disponibilité.
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