Le 01 Janvier 2003
Découverte DJ : Jeff Mills

Derrière l’icône froide et mystérieuse du grand prêtre d’une techno intransigeante se cache un autre Jeff Mills, plus attachant et plus que jamais en prise avec la réalité, qu’elle soit culturelle ou politique. Découverte de la face cachée d’une légende.
"Jeff Mills sera demain à la techno ce qu’est le Velvet Underground pour le rock. C’est quelqu’un de très intelligent. Par son histoire et son vécu, c’est une personne qui ne mourra jamais. Jeff Mills, c’est un culte, un personnage mythique. Mais également un ami très fort et quelqu’un qui m’a procuré une grande inspiration."
Ce bel hommage signé du toujours sincère Laurent Garnier souligne la dimension unique du cofondateur d’Underground Resistance. Même la génération montante revendique son influence. Le Grenoblois The Hacker a tiré son nom d’un des titres de l’album "Waveform Transmission Vol 1". Jennifer, “the queen of électroclash”, se souvient encore émue de sa première rencontre avec le maître : "Mon premier set de DJ, je l’ai fait lors d’une soirée dans le Sud nommée Panic In Detroit avec Luke Slater et Jeff Mills. J’étais tellement impressionnée par sa présence et tout ce que son travail représentait pour moi que j’ai fait un blanc ! Après il m’a réconfortée et il m’a même dédicacé le Axis 08, celui avec les loops !" Quant au plus UR de tous les producteurs-DJ’s français, le surdoué John Thomas, il n’est pas prêt d’oublier ce "soir où l’on jouait ensemble dans une soirée et où il m’a offert un album d’Art Blakey, un merveilleux batteur de jazz. Ce disque somptueux s’appelle Moannin’. À ce moment-là, j’ai compris beaucoup de choses sur Jeff et sur son ouverture d’esprit. Ce ‘cadeau’ a été un véritable déclic pour moi et il m’a avoué par la suite que c’était le but, tout ceci n’a fait que confirmer ce que je pensais de lui." Quelle autre figure de la techno peut se vanter d’une telle aura ? Et surtout d’une activité aussi passionnante en 2002 prouvant qu’il ne se contente pas d’un statut de légende du passé ? Il suffisait d’aller à la Locomotive le soir de la dernière Techno Parade pour constater la ferveur exaltée entourant sa prestation derrière les platines, pareil phénomène se produisant à chacun de ses pourtant nombreux passages à Paris. Son agent français Fred Djaaleb, qui s’occupe de tous ses bookings, est le témoin privilégié et souvent étonné des rapports étroits qu’entretient le créateur d’Axis avec son public : "Malgré une relative distance, Jeff est quelqu’un de très abordable. Les gens lui posent énormément de questions techniques sur les machines sur lesquelles il travaille. On lui demande pas mal de conseils également. Mais ce qui est vraiment très surprenant, c’est que beaucoup de gamins qui viennent le voir après son set lui parlent en français, persuadés qu’il est d’ici." Il n’est donc peut-être pas inutile de se livrer à une rapide biographie du personnage. History La première fois que Jeff Mills se fait entendre, c’est au milieu des années 80 lorsqu’il anime à Detroit sous le pseudo de The Wizard des émissions de radio sur WDET. Sa programmation qui va de l’indus à la new wave en passant des morceaux pré-techno ou funk porte en germe toutes les strates de sa future évolution. Parallèlement à cette activité régulière, Jeff produit le groupe heavy-indus Final Cut, et surtout rencontre Mike Banks avec qui il forme en 1990 le fameux collectif Underground Resistance. Combinaisons de techno, de soul et d’électro, les productions UR révolutionnent, non seulement musicalement mais également politiquement, l’univers des musiques électroniques jusque-là exclusivement centré sur une motivation hédoniste. Les soldats d’Underground Resistance cultivent quant à eux l’austérité et le mystère au service des seuls mots d’ordres d’indépendance et de “Do It Yourself”. Bientôt, l’ouverture d’esprit et la soif de connaissance de Mills se sentent à l’étroit dans le canevas rigide de UR. Il prend donc le large, fin 1991, pour créer son propre label Axis et les sous-divisions Purpose Maker et Tomorrow. Jeff parcourt alors la planète pour prêcher la bonne parole techno, armé de trois platines et d’une boîte à rythmes Roland 909. Cette formule, alors inédite, lui permet de développer un style de deejaying personnel et intense, véhicule d’une techno certes expérimentale mais néanmoins propice à une explosion “fusionnelle” sur le dancefloor. Comme ces prestations toujours exceptionnelles s’accompagnent de sorties discographiques non moins sidérantes (le classique album "Live At The Liquid Room – Tokyo" ou les EP’s "Purpose Maker" et "The Other Day") sa réputation ne cesse de croître, surtout en Europe où ses nouveaux adeptes vont jusqu’à le surnommer “God”.
JEFF MILLS sera au Fish le 25 janvier 2003 avec LyonClubbing, un événement majeur à ne pas rater !
Il y a un an tout juste, Jeff Mills était déjà derrière les platines de la célèbre péniche,
revivez ce moment en cliquant ici !