Le 05 Juin 2006
Marithé+François Girbaud : les business men peace and love !

Ce mois-ci, nous avons eu l’honneur et le privilège de rencontrer Marithé et François Girbaud. Cela fait 40 ans que la petite lyonnaise et le cow-boy du Sud Ouest collaborent. Aujourd’hui, ils sont les seuls français à s’imposer sur le marché américain avec comme produit mythique : le jean. Afin de comprendre leur success story, François a concocté un livre « ma peau » (1) dont les bénéfi ces seront reversés à l’association ALIS. (2)
Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Mon objectif était de faire partager aux jeunes d’aujourd’hui, notre réussite, comme quoi tout est possible, même pour un gars qui a la Rock’n Roll Attitude en lui. Et puis j’ai écrit ce bouquin afin d’aider à ma manière l’association ALIS (Association du Locked In Syndrome).
Parlez-nous un peu plus de cette association ?
ALIS est une association qui soutient les malades touchés par des atteintes neurologiques rares suite à un accident vasculaire cérébral (souvent imprévisible). Ces attaques se traduisent la plupart du temps par une paralysie complète, avec comme seul mouvement possible, le clignement des yeux. Les dons financent les équipements, car notre objectif à long terme est de pouvoir équiper les malades d’ordinateurs sonores afin de les sortir de leur isolement. Et puis, il y a aussi une aide aux familles, pour répondre à leurs questions, écouter leur détresse. Nous avons été touchés de près par cette maladie car le frère de Marithé en a été frappé, et j’en suis d’autant plus sensibilisé.
Pourquoi vous êtes vous lancé dans le jean. C’était osé pour l’époque ? (les sixties)
En 1964, (année de la rencontre avec Marithé), elle tricotait des ponchos, et moi, j’étais vendeur chez Western House. A l’époque on se faisait (déjà) envahir par les américains, il était normal d’avoir envie de vivre l’American Dream. On voulait tous devenir John Wayne ou Elvis, en fait on a voulu réaliser un rêve et pas révolutionner !
Pourtant c’est ce qui s’est passé quand même. Vous avez révolutionné le jean ?
Oui peut-être mais ce n’était pas prévu. Qui nous a dit un jour que laver un jean avec des pierres et un peu d’eau, allait être un succès ! On a crée un uniforme de rue, et il s’est avéré que même les bourgeois ont adhéré au jean !
Vous dites créer une mode de rue, pourtant les prix sont difficilement abordables ?
Déjà, on crée de la « haute couture de rue » avec des techniques sorties de laboratoire (technique au laser, ultra-son…). Mais nous essayons de retravailler nos prix. En réalité nous les contrôlons mal notamment en Europe car nous rencontrons des problèmes de distribution du fait que l’on soit sous licence. Aux Etats-Unis, les prix sont beaucoup plus abordables !
D’après ce que l’on peut voir dans le livre « ma peau », vous devez en partie votre « success story » à vos amis les « stars ». Comment avez-vous pu et su les attirer ?
Il faut remonter aux années 60, on faisait partie de la même communauté. On avait le même « dénominateur commun » : les Etats-Unis. On avait la Rock’n Roll Attitude, on s’est donc naturellement attiré. J’avais le look cow-boy qui dérangeait, certaines « stars » l’avaient aussi. C’est la rencontre d’une même génération. Et puis vous savez, les boutiques « made in USA » à Paris se comptaient sur les doigts d’une main. On était amenés à se rencontrer, des affi nités se sont créées.
Selon vous, il faut sortir du lot pour attirer ?
En tout cas, on a fait des styles en fonction des communautés. Regardez le succès du baggy (1977), adopté par la communauté black américaine et qui aujourd’hui reflète toute une génération, une liberté de pensée. Il y a également la communauté gay. On sait qu’elle contribue largement à la réussite d’une marque. Et bien nous, on était la communauté des cowboy peace, et on se démarquait avec nos santiags et nos jeans !
On pourrait presque vous considérer comme des jeaneologues car vous êtes à la création même de l’uniforme du jean?
C’est ce qui se dit mais je garde les pieds sur terre. Nous (avec Marithé), le jeans on en a fait notre métier depuis les années 60. On a su évoluer avec, notamment dans l’innovation de la transformation, dans la rencontre de la matière, dans les techniques. Mais il faut savoir que l’industrie du textile est en danger. Il faut de plus en plus faire attention à la planète. Nous devons respecter l’environnement, car de plus en plus on a affaire à des dérèglements naturels (tsunami, hausse des températures…), si ça continue comme ça, au siècle prochain, nous serons tous en combinaisons thermiques.(rires)
Justement, à propos de l’industrie pensez-vous faire fabriquer vos vêtements dans la région ?
Lyon a véritablement un potentiel mais principalement tourné vers le luxe. Nous, on est « Rock n’street couture ». Ce qui peut malgré tout nous convaincre ici, c’est qu’avec cette culture de la matière, il y a une écout sérieuse, alors pourquoi pas.
Marithé, vous êtes d’origine lyonnaise, qu’avez vous ressenti en revenant sur vos terres ?
J’ai quitté Lyon en 1964 car c’était une ville triste et bourgeoise. Je reviens assez souvent car ma mère habite toujours ici et il est vrai que depuis quelques années, les lyonnais se sont démocratisés. Lyon est devenue une ville magnifique. Je m’y sens bien et revenir ici ces quelques jours (Marithé et François Girbaud étaient les présidents du concours « la mode s’exprime, elle s’imprime») m’a ravie.
Pouvez-vous nous dire un dernier mot sur le scandale de la publicité « la Cène » ?
(Pour mémoire, la publicité représentait la Cène, célèbre tableau de Léonard de Vinci, où les hommes avaient été remplacés par des femmes vêtues en Girbaud). Et bien cette publicité a été censurée en France car nous avons été accusés de blasphème. A aucun moment nous n’avons voulu blasphémér la religion. Je suis moi-même catholique, je ne me serais pas permis. Mais je pense que ce sont plus des pensées philosophiques qui ont dérangés. Nous avons émis l’hypothèse que si Jésus et ses apôtres avaient été des femmes, est- ce que le monde aurait été différent ? En tout cas, une chose est sûre, c’est qu’avec cette censure, la femme n’a pas sa place dans la société. Actuellement on voit le mal partout, et vous savez le plus « drôle » ? Notre campagne suivante montrais une femme battue allongée sur le sol. Aucune association n’a levé le petit doigt et ça, c’est dérangeant ! (1) « Ma peau » de François Girbaud aux éditions Michel Lafon. 20€ vendu au profit de l’association ALIS (2)
ALIS : www.club-internet.fr/alis Crédit Photo noir et blanc : Herman Leonard
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