Le 01 Novembre 2006
Guy Mathiolon : Simplicité humilité et force de caractère

Age : j’en parais 42, mais en réalité j’en ai 52
Situation : marié, trois filles (Alexandra, Caroline et Virginie)
Profession : PDG de Serfim, vice-président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon et président de la Fédération Régionale des Travaux Publics de Rhône-Alpes.
Signe particulier : lyonnais et pied-noir
Sa Chanson : "Sympathique for the devil" des Rolling Stone
Qui êtes-vous ?
Je suis président du groupe Serfim, groupe indépendant de travaux publics et d’environnement qui, avec à peu près 1 000 salariés, fait 150 millions d’euros de chiffre d’affaires. Je suis ingénieur de l’école Centrale de Lyon et je suis président de la Fédération Régionale des Travaux publics Rhône-Alpes et vice-président de la Chambre de Commerce de Lyon. Je suis un enfant de la balle, car je suis fils d’entrepreneur de travaux public. Je suis né dans ce métier. C’est une entreprise qui a été créée par mon arrière-grand- père. J’ai donc toujours vécu dans ce milieu professionnel, mais par ailleurs, j’ai suivi des études classiques, en faisant des classes préparatoires au lycée du Parc et ensuite, en intégrant l’école Centrale de Lyon avec une option en génie civil. Je suis sorti ingénieur en 1978, ensuite j’ai fait mon service militaire en coopération à Bamako qui m’a laissé d’ailleurs un excellent souvenir. Ensuite j’ai intégré une entreprise publique qui s’appelle le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans lequel j’ai travaillé un peu moins de trois ans pour ensuite rentrer dans l’entreprise Serpollet, avec comme objectif, suite au souhait du dirigeant de l’époque, de reprendre l’entreprise. Puis, j’ai crée autour de Serpollet le groupe Serfim qui est aujourd’hui un groupe qui fait 150 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 1 000 salariés.
Comment devient-on président de la Chambre de Commerce et de I’Industrie ?
En fait, d’abord on est élu, il faut savoir que les membres de la Chambre de commerce sont élus par les 55 000 entreprises de l’agglomération de Lyon et d’un peu plus d’ailleurs, d’une bonne partie du département du Rhône. Avant d’être élu, il y a des listes qui sont faites par les syndicats patronaux ; il se trouve que je suis membre de la CGPME et un ami du président François Turcas. A la suite d’un accord qui a été passé entre les deux principaux syndicats patronaux que sont le MEDEF et la CGPME, on a fait une liste commune, j’en étais le numéro 2, si on peut dire. Je suis actuellement premier vice-président de la Chambre de Commerce avec pour vocation de succéder au président actuel le 6 juin 2007 au plus tard.
Une Légion d’honneur, ça change quoi dans la vie d’un homme ?
Je ne sais pas si on peut dire ça, en tous cas, c’est un moment très agréable car cela permet d’abord, de réunir beaucoup de gens à l’occasion de la remise de la médaille et puis, à travers cette manifestation, d’honorer tout ceux qui vous ont permis d’atteindre cette distinction. Par là je veux dire essentiellement, ma famille, mes amis proches, mon entourage au sens large, d’abord ma femme et mes trois filles et puis surtout l’ensemble des collaborateurs du groupe et notamment les plus anciens avec qui, j’ai partagé une vingtaine d’années de vie professionnelle, voir même un peu plus.
En quoi consiste votre fonction à la Chambre de Commerce et d’Industrie ?
En fait, c’est une fonction qui est très importante, la fonction essentielle du président de la Chambre de Commerce, lorsque je le serai, est de représenter le monde économique et de faire entendre sa voix auprès, bien sûr des élus politiques traditionnels, les élus de la République, mais également auprès de l’opinion publique, auprès des médias, auprès du gouvernement, auprès de toutes les autorités qui régissent la vie en France, la vie en société. En plus, la Chambre de commerce de Lyon a la particularité d’être l’une des Chambres les plus importantes de France bien sûr, mais une Chambre très complète puisque nous avons à la fois nos missions traditionnelles qui consistent à aider, assister, promouvoir les entreprises, (donc on les aide depuis leur création, pendant leur croissance pour les aider par exemple à s’internationaliser, à innover) et on intervient aussi dans la phase de transmission et de succession de l’entreprise. C’est notre mission essentielle. Mais on a aussi la gestion de grosses infrastructures. En particulier, la Chambre de Commerce de Lyon gère l’aéroport de Saint-Exupéry, gère Eurexpo en partenariat avec les collectivités locales et un groupe privé qui maintenant s’appelle Gl Event et surtout qui est propriétaire de l’école de commerce de Lyon qui s’appelle maintenant EM LYON qui est une des toutes premières écoles de commerce en France et surtout en Europe avec des résultats tout à fait satisfaisants. Et puis on a des tas d’autres interventions, on est propriétaire du centre de formation de Vaise qui est le plus grand centre de formation en France d’apprentissage, on gère également des participations à travers Lyon Parc Auto dont on est actionnaire etc …C’est un poids économique considérable.
Si vous aviez la possibilité de changer une loi française, que proposeriez-vous ?
J’ai un projet de loi qui est très ambitieux parce que je ne pense pas qu’il soit dans l’air du temps, moi j’appelle ça la loi du subsidiarité. Vous savez qu’on a beaucoup parlé de subsidiarité au moment de la décentralisation, principe qui consiste à dire qu’il faut faire faire par celui qui est le plus proche du terrain et le plus compétent les choses qu’il peut faire, pour éviter de les faire remonter toujours trop haut dans l’appareil de l’Etat, l’organisation administrative. Alors moi, la loi que je souhaiterais, c’est le principe de subsidiarité au point de vue économique, c’est de dire que tout ce que les entreprises privées sont capables de faire, le public ne doit pas le faire.
Quel genre de noctambule êtes-vous ?
Très sérieux, non je ne suis pas vraiment un noctambule parce que mon réveil sonne relativement tôt le matin compte tenu des responsabilités que j’ai. D’ailleurs je regrette de pas l’être car j’aurai des prétentions à l’être très facilement mais compte tenu des responsabilités que j’ai si on se couche un peu tard, le réveil le lendemain matin est difficile et les réunions que l’on doit assumer, les prises de parole que l’on a à faire ne sont pas toujours pertinentes.
Quels sont vos endroits préférés ?
J’ai la particularité d’être un lyonnais de toujours, je suis né à la Croix Rousse donc je suis un vrai gône. J’ai eu la chance d’y faire mes études également et donc j’ai vu cette ville considérablement évoluer dans ce domaine, c’est-à-dire que quand j’étais adolescent ou étudiant, c’est vrai que c’était assez triste, il n’y avait pas grand chose à y faire et on était obligé de s’évader à Paris pour avoir une vie nocturne. Aujourd’hui ce n’est pas du tout le cas et je trouve que de ce point de vue, la ville de Lyon, l’agglomération lyonnaise a pris une dimension de métropole européenne, même s’il y a encore des choses à améliorer. Ma vie nocturne est surtout consacrée aux dîners d’affaires et donc j’ai effectivement un certain nombre de restaurants que j’apprécie plus pour la qualité culinaire mais aussi pour la relation humaine que je peux avoir avec leurs patrons. Je vais très souvent chez Caro, j’ai une affection particulière pour Nicolas le Bec parce que je trouve ce qu’il fait est remarquable, j’adore également Monsieur Jean Christophe Ansanay de l’Auberge de l’île, qui sont là des lieux tout à fait sympathiques. Et puis après il y a des restaurants je dirai moins « prestigieux », « étoilés » mais dans lesquels on retrouve une chaleur humaine qui s’apparente à la tradition des mères lyonnaises. J’ai eu la particularité d’avoir une belle-mère qui avait un restaurant de ce type et donc je vais assez régulièrement à l’Habit Rouge, chez la patronne Huguette parce qu’elle a beaucoup des caractéristiques des mères lyonnaises telles qu’on pouvait les connaître auparavant, c’est à dire un endroit très chaleureux où d’abord on mange très bien, ça c’est l’essentiel pour un restaurant, mais c’est surtout très chaleureux et c’est une clientèle d’habitués, on se retrouve entre amis.
Que proposeriez-vous pour améliorer l’activité nocturne à Lyon ?
Je crois qu’il y a une offre quantitative parce que l’on s’aperçoit quand on est un pseudo noctambule comme je peux l’être, qu’on tourne en vase clos entre un certain nombre de lieux relativement réduits par rapport à ce que l’on peut trouver dans une plus grande métropole comme Paris par exemple. Mais je trouve qu’il y a eu beaucoup de choses de faites. Mes filles me parlent du First, du Fish, de làKGB, enfin d’un certain nombre d’établissements qui encore une fois n’existaient pas à l’époque de mon adolescence.
Pensez-vous que Lyon a sa place dans le patrimoine culturel français ?
C’est indéniable, elle a complètement sa place et je pense qu’elle l’a acquise parce qu’il y a déjà un certain nombre de manifestations tout à fait emblématiques. On sort de la Biennale de la Danse en particulier mais il y a également la Biennale de l’Art Contemporain, donc après on aime ou on n’aime pas mais en tout état de cause sur le plan culturel on sent que ça fait bouger la ville, les nuits sonores etc… Enfin bref, il y a énormément de manifestations. Bon, la Fête de la musique qui est une fête nationale, mais qui à Lyon, de mon point de vue, est très bien organisée et puis, je rejoins un peu mon métier, tout ce qui se fait autour de la Fête des Lumières etc... Pour un lyonnais comme moi, le 8 décembre est vraiment une fête mythique, la fête traditionnelle et je trouve qu’on a réussi cet exploit de respecter cette fête traditionnelle et de donner en plus, une ampleur tout à fait internationale à travers la Fête des Lumières qui fait venir un nombre considérable, plusieurs millions de touristes autour du 8 décembre.
Quels sont vos futurs projets ?
Mon projet principal consiste à continuer à faire mon métier de chef d’entreprise parce que c’est mon objectif essentiel et aussi d’essayer de constituer autour de moi à la Chambre de Commerce, comme j’ai pu le faire dans mon entreprise, une équipe qui me permet de gérer cette grande et noble institution de la manière la plus performante possible, tout en gardant une grande convivialité entre les principaux acteurs qui dirigent la Chambre de Commerce.
Pour vous l’habit fait-il le moine ?
Pas du tout, parce que vous me voyez bien habillé mais je suis pas toujours comme ça, il m’arrive même d’être déguisé en Bollywood pour le bal de la Biennal de la dance au Transbordeur. Non, je ne crois pas du tout à ça, je pense que souvent la plupart des gens ont une apparence et une personnalité qu’on leur donne, en fonction de la façon dont ils sont habillés et qui correspond souvent d’ailleurs à un code social. En théorie, si vous êtes chef d’entreprise, vous devez avoir un costume et une cravate et puis si vous êtes étudiant, vous êtes habillé un peu différemment mais bon c’est comme ça, on vit en société donc on est un peu contraint de respecter ces codes sociaux. Mais je ne crois pas du tout que l’habit fasse le moine, ça c’est sûr!
Vos principales qualités ?
Qu’est-ce que je réponds d’habitude? (rires) Je pense que je les ai presque toutes, la modestie déjà, euh non, je pense en fait que la principale qualité pour réussir ce que je fais c’est d’aimer travailler en équipe et d’avoir peut-être la capacité effectivement de fédérer autour de moi des gens qui ont envie de porter un projet collectif. C’est pour ça que pendant une période et encore actuellement, je me suis beaucoup impliqué au rugby parce que les vertus et les qualités que l’on retrouve au rugby sont très proches de celles que j’apprécie et que j’essaie de mettre en pratique dans mon entreprise ou à la Chambre de Commerce. Je suis résolument optimiste, je dis souvent qu’il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions.
Et votre défaut ?
Mes défauts en sont les conséquences, quand on est optimiste, on l’est parfois un peu trop, un autre défaut, je ne sais pas dire, non, mais ce n’est pas très grave.
Comment vous voyez-vous dans 10 ans ?
Dans dix ans, j’aurai 52 ans d’après mes calculs (rires). C’est très difficile de se projeter dans dix ans, mais ce que je souhaiterais simplement c’est de faire le même parcours, la même trajectoire que j’ai suivi ces dix ou vingt dernières années, ce serait déjà très bien. Je pense que la responsabilité que je vais exercer est passionnante parce que cela permet de bien comprendre le monde dans lequel on vit et d’essayer de prendre à bras le corps les problèmes qu’on souhaite voir être résolus et donc je suis très impatient de vivre ça.
Qu’avez-vous toujours dans votre poche ?
Une boîte de Canderel, les sucrettes, ça c’est pour faire semblant de faire des efforts pour éviter de prendre un kilo par an, par année d’ancienneté quand on a des responsabilités comme les miennes.
Qu’est ce que peu de gens vous soupçonnent de faire ?
Du jardinage, j’ai un jardin tout à fait extraordinaire puisque vu sa taille et ce que j’en tire, c’est le meilleur rendement à l’hectare de toute la communauté européenne je pense, très largement.
Votre dernier mot aux Lyonnais
J’adore la plaisante sagesse lyonnaise, il y a plein d’expressions que j’ai reprises à mon compte, une qui ne va pas très bien dans une interview mais que j’aime bien « quand on sait pas, il vaut mieux fermer sa gueule », mais en interview, c’est moyen parce qu’on dit plutôt l’inverse. J’ai une expression que je trouve très drôle « tout le monde y peut pas être de Lyon, il en faut ben d’un peu partout ».
Photos Philippe Gandelin
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