Le 03 Mars 2011
Les confidences de Gérard Collomb par Laurent Argelier
Par LyonClubbing Partenaires
Recevoir les confidences de Gérard Collomb… L’occasion était trop belle. Le maire de Lyon a reçu notre ami Laurent, dans son bureau de l’hôtel de ville. Gérard Collomb, Laurent Argelier, deux personnalités, une rencontre.
Pour débuter, questions d’actualité M. le Maire, les Berges de Saône et le Grand Stade. Concernant les berges de Saône, que pouvez-vous nous dire de plus ?
Elles vont de la Confluence jusqu’aux Ginguettes de Rochetaillée. C’est un grand aménagement. L’innovation par rapport aux berges du Rhône, c’est de mettre un certains nombres d’artistes et de paysagistes à l’honneur.
Ah bon des artistes ! Mais encore ?
Des plasticiens un peu connus. Vous allez avoir Kawamata qui a fait Evento à Bordeaux. Il va nous faire le bas et le haut du parking. Ensuite, vous avez un très bel artiste, Jean-Baptiste Othoniel et un artiste lyonnais Le gentil Garçon qui fait des choses très bien. Par exemple, concernant Rochetaillée, on voulait faire un endroit où les enfants puissent venir jouer. Ce sera à la fois un lieu ludique et design. On aura fini pour l’hiver 2013, au printemps, les gens pourront se l’approprier.
Gérard Collomb, la question qui agace, OL Land, rien n’est encore signé…
J’attends la déclaration d’intérêt général qui doit être donnée par le gouvernement. Théoriquement, cette déclaration est faite par la ministre des Sports. Elle a été signée par Madame Rama Yade en mai, par Madame Bachelot en juillet et elle n’est toujours pas publiée. Un esprit plus inquiet que moi, pourrait se dire qu’il y a des difficultés.
Pensez-vous que l’on vous mette des bâtons dans les roues ?
Je vois que tout le monde ne me veut pas du bien, mais ce n’est pas à moi que l’on fait du mal, c’est à la ville de Lyon.
Le Grand Stade en 2013, ça semble compromis ?
Soit on me donne la déclaration d’intérêt général tout de suite, soit je vais être obligé de retrousser mes manches et de faire changer le gouvernement donc ça, c’est pour 2012. De toute façon, théoriquement, il faut l’avoir pour l’Euro 2016. Donc, si l’on veut qu’il se joue en France, il faut bien qu’il y ait des stades. L’objectif, c’est 2013. On a le doigt sur le bouton. Dès que l’on a la déclaration d’intérêt général, toute la mécanique se met en route.
Entre nous, votre candidature aux primaires socialistes, c’est du sérieux ou un coup de provoc’?
Moi, provocateur ? Jamais. Non, c’est très sérieux. J’ai toujours dit que, si Dominique Strauss-Kahn revient, je n’y vais pas. Là, j’ai écouté Anne Sinclair, il y a peut-être un message subliminal, donc je vais regarder de plus près.
Vous avez quelques échos sérieux sur la candidature de DSK ?
Aucun.
Pourtant, son épouse, Anne Sinclair, laisserait entendre cette possibilité ?
Peut-être, même sans doute.
Imaginons, DSK président et donc Collomb ministre ?
Ma priorité, c’est Lyon. Avant de devenir ministre, je lui demanderai ce qu’il compte faire pour Lyon.
Avouez-le, ministre, ça vous plairait?
Oui, mais si vous voulez, ce n’est pas mon sujet. Ce qui m’intéresse, c’est de faire évoluer cette agglomération. Les gens qui viennent visiter Lyon le voient. Le Grand Lyon est un bel espace. En plus, on va construire une métropole avec St-Etienne, cela représente 2.5 millions d’habitants. Cela vaut beaucoup de petits ministères. Si je peux aider… pourquoi pas.
Vous sortez un livre le 3 mars, quel est son titre ?
Il s’intitule : Et si la France s’éveillait. C’est déjà tout un programme.
C’est même le programme d’un président de la République potentiel ?
Oui, enfin c’est déjà une orientation.
Vous avez été député du Rhône, conseiller municipal de Lyon pendant trente-et-un ans avant de devenir maire de Lyon en 2001. Pourtant, pendant longtemps, vous étiez considéré comme un has been…
Un looser!
Ok un looser. Et d’un looser, vous êtes devenu une star ! Que de chemin parcouru ?
Il faut dire que Lyon n’est pas une ville qui est franchement à gauche, donc rester de gauche tout en gagnant la confiance des Lyonnais, ce n’était pas un pari facile. A l’époque, les gens ne voyaient pas qu’à chaque élection, je progressais. Evidemment quand vous partez de 30 %, pour arriver à 50 %, il est vrai que le chemin est long.
Votre force et votre différence, c’est la proximité que vous avez su instaurer entre vous et les Lyonnais.
Oui, maintenant je connais la moitié des Lyonnais personnellement. C’est comme ça que j’ai gagné leur confiance. C’est parce que j’ai vu des dizaines de milliers de personnes dans les rues, les bars quelque fois, les boites de nuit.
Beaucoup de Lyonnais vous appellent Gégé, bien plus souvent que Monsieur le Maire. Cela vous dérange-t-il ?
Absolument pas, j’aime bien.
1995, vous êtes élu maire du 9è arrt et Raymond Barre maire de Lyon. La cohabitation avec l’ancien ministre fut-elle aisée ?
A cette époque, quand je suis devenu maire du 9è, l’arrondissement était totalement en friche. C’est un peu le pacte qu’on avait conclu avec Raymond Barre. C’était : « vous, vous êtes maire de Lyon, sur les projets de la ville, je ne vous embête pas trop, par contre vous me donnez carte blanche sur le 9è et je vais vous montrer ce que je peux faire ! » On a vu qu’avec toutes les nouvelles technologies qui sont venues, le quartier a changé. Les gens se sont dit « finalement il n’est pas si maladroit. Peut-être que ce qu’il a fait pour le 9è, il pourrait le faire pour Lyon. »
Si je comprends bien vous avez su, habillement, instaurer un pacte de « non-agression » avec Raymond Barre afin d’obtenir un maximum d’avantages pour votre arrondissement.
Quand vous êtes de l’opposition, vous avez deux attitudes possibles. Soit vous êtes dans l’opposition sur chaque dossier, chaque fois vous dites que « ce n’est pas bien ». Je n’étais pas dans cette optique là. J’avais dit à Raymond à l’époque : « vous vous auriez aimé qu’il n’y ait pas de maire d’opposition d’arrondissement, moi j’aurais préféré être maire de Lyon, il se trouve que le suffrage universel en a décidé autrement. Essayons de faire avec ça. Je n’irai pas contre l’intérêt général donc je ne dirai pas non à tous vos projets mais donnez nous un peu de liberté. »
2001, vous gagnez les élections municipales de Lyon, à votre grande surprise. Contez-nous ce moment unique et historique.
Il se trouve que je connaissais quelques personnes en mairie centrale, qui me tenaient un peu au courant. Elles m’appellent sur les cent premiers bulletins et elles me disent que ce n’est pas très bon. On me dit « vous gardez vos trois arrondissements, peut-être un quatrième mais pour la mairie de Lyon, c’est fini. » Je ne me voyais pas refaire un mandat de maire d’arrondissement donc je me suis dit, aujourd’hui, je suis en retraite. Et puis tout d’un coup, on me rappelle pour me dire que ça évolue, c’est très serré et que je gagne un autre arrondissement. Au moment où je m’apprête à rejoindre ma permanence, on me rappelle pour me dire que j’en ai gagné un autre, ca faisait 6 contre 3. Puis, je reçois un appel sur mon portable. C’est Lionel Jospin. Je vous rappelle que ça avait été une déroute totale pour la gauche. Il me dit « T’as gagné, mais tu ne dis rien avant d’être bien sûr! » Pile à ce moment là, les journalistes, photographes, les caméras arrivaient. Je lui ai dit que c’était un peu tard et que j’ai été obligé de raccrocher.
On peut imaginer aisément, que le jour où vous vous asseyez dans le fauteuil de maire, à cet instant vous vivez un pur moment d’émotion.
Le lundi matin, quand on s’assoit derrière son bureau, on a le cœur qui palpite. En plus, Raymond Barre avait un bureau dans le style empire. J’avais l’impression d’être au musée. Pour l’anecdote, il n’y avait que trois dossiers sur des problèmes en cours. Il ne m’a laissé que des problèmes ! (rires)
A ce moment là, vous pensez à qui ?
Je pense à mes parents et à mon parcours. Le vrai moment d’émotion n’a pas été quand j’ai été élu maire de Lyon en 2001, mais quand j’ai été élu maire du 9è arrondissement, parce que j’avais essayé trois fois.
On est dans la confidence, vous écrasez une petite larme ?
Oui bien sûr, j’ai eu ma petite larme.
Avec le pouvoir, les gens autour de vous changent, n’est-ce pas ?
Je sens surtout chez certains beaucoup d’interrogations et chez d’autres beaucoup d’inquiétudes. C’est plutôt un regard d’attente dans le sens « qu’est ce qu’il va faire ? »
Vous le sentez dans le regard des autres que vous devenez important ?
Oui, bien sûr !
Et là Gérard Collomb, on prend un peu la grosse tête?
Non, je vous rassure, je gueule toujours autant.
Comment faites-vous pour être sûr de la sincérité des personnes que vous rencontrez ?
Le feeling, mais il m’arrive de me tromper.
Bien souvent on vous décrit comme un maire autoritaire. Vous confirmez ?
Si vous n’avez pas d’autorité, vous ne devenez pas maire de Lyon. C’est comme un marathon, au départ il y a beaucoup de participants mais un seul gagne. L’autorité c’est quoi ? Vous avez sur tous sujets, des points de vue différents. Alors des fois on me dit que je ne concerte pas assez sur certains projets, mais s’il y avait un seul avis, ça serait facile. Les points de vue sont contradictoires et je suis obligé de trancher. L’histoire m’a fait apprendre qu’il vaut mieux trancher soi-même, au moins, on n’a pas de regrets. Si ça loupe, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même.
Et vous êtes aussi colérique ?
Oui, oui bien sûr. C’est si fragile tout ça que les gens ne se rendent pas compte. J’imagine bien ce qu’ils disent. « Il gueule pourtant on s’est décarcassé ». Il ne faut pas que ça soit bien à 95 % parce que les 5 % peuvent vous faire plonger. Il faut atteindre les 100 % voire les 102 %.
Que faites-vous pour évacuer toute cette pression ?
Le sport deux fois par semaine, l’amour de mes proches. Chaque jour, je prends le petit-déjeuner avec mes filles.
Tient l’amour justement, c’est votre moteur ?
C’est toujours un moteur ! L’amour des personnes, l’amour de la ville. Si on ne se projette pas en dehors de soi, il n’y a pas de moteur.
Derrière chaque homme public, il se cache une femme. Votre épouse, Caroline, vous influence-t-elle parfois dans vos décisions?
Ah oui ! Contrairement à ce que les gens pensent, je suis quelqu’un qui écoute beaucoup. Bon après, je ne tranche pas toujours dans leur sens, mais je les ai écoutés. Il m’est arrivé de changer d’avis. Elle adore la politique, nous discutons énormément ensemble. Elle a son avis, qui est souvent différent du mien. Elle m’amène un point de vue distancié.
Mais vivre dans l’ombre d’un homme politique, ce n’est pas facile ?
Elle le vit bien. Elle ne le vit pas comme une frustration. La seule chose qu’elle trouve dommage, c’est le manque de temps, puisque je suis assez pris.
On se dit tout, vous avez 29 ans de différence d’âge avec Caroline, ça ne vous a jamais gêné?
Non. Quand je l’ai rencontré, elle avait 21 ans. J’étais moins connu que maintenant. Si c’était arrivé aujourd’hui, certains diraient que je vais draguer les lycéennes.
Et bien souvent, avec le pouvoir, on devient souvent beau comme par magie, n’est-ce pas ?
Je le suis encore toujours ! (rires) Justement, elle a eu le mérite de me trouver beau avant.
Pourtant, au départ, ce n’était pas gagné. Elle vous trouvait plutôt antipathique.
Elle militait au MJS (Mouvement des Jeunes Socialistes), qui trouvait que j’étais réac’. Elle était venue me voir pour son étude qui avait pour thème : « Les hommes politiques n’ont pas d’enfant… » et elle voulait raconter que j’étais un homme cruel et sans pitié.
Alors, comment l’avez-vous séduite ?
Il faudrait lui demander.
Peut-être grâce à la poésie ?
C’est vrai qu’en dehors de la vie politique, je suis quelqu’un qui aime la poésie. D’ailleurs, encore aujourd’hui, je lui lis des poèmes ainsi qu’à mes filles.
J’ai entendu dire qu’elle n’était pas très motivée pour vous épouser ?
Ah non, c’est moi qui étais contre. Parce que j’ai déjà été marié une fois et que je me disais que ça n’allait pas durer. Je pensais qu’elle se dirait au bout de cinq, six ans que ça fait beaucoup mais non.
Le maire de Lyon est amoureux ?
Oui, on peut le dire.
Et l’amour vous met dans quel état ?
Comme tous les autres je crois. C’est un sentiment assez inexplicable.
Avec vos petites filles, quel genre de père êtes-vous?
Un papa plutôt câlin, plutôt tendre.
Et pour elles, êtes-vous plus disponible qu’avec vos aînés ?
Oui c’est vrai. Je suis toujours très pris, mais j’ai moins de préoccupations. Quand on est jeune, on a le souci de réussir dans la vie, on pense à sa carrière. Ce n’est plus le genre de préoccupations que je peux avoir.
Sujet qui fâche, l’opposition à Lyon. Vous fait-elle peur ?
Je n’en ai pas une peur farouche. En tout cas, je ne me suis jamais caché sous mon bureau.
Quel est votre avis sur Michel Havard (député UMP du Rhône)?
Pour le coup, je trouve qu’il manque d’autorité par rapport à ses propres troupes et qu’il se laisse trop aller à l’opposition systématique. Il pense sans doute, que c’est en s’opposant que l’on devient majoritaire. S’il veut réussir, je ne lui conseillerai pas d’être comme ça, mais c’est quelqu’un de sympathique.
Emmanuel Hamelin (conseiller municipal UMP)?
Je le connais peu mais qu’il ait le sens de l’intérêt commun, non celui de ses amis, c’est pire.
Et vos amis de la majorité municipale, Thierry Braillard (adjoint au maire de Lyon). On parle de lui comme votre successeur éventuel?
En général, on ne choisit pas son successeur, il s’impose de lui-même. Si je peux donner un conseil, pas seulement à Thierry, mais à tout le monde, ce qui fait un homme politique, c’est l’implantation dans le terrain, mais il est très bien.
Pour finir, Thierry Philip (maire du 3éme )?
C’est quelqu’un qui appartient à ma génération. C’est un costaud, lui ne manque pas d’autorité. Si un jour, je fais un infarctus, il pourra peut-être, être maire.
La question que tous les Lyonnais se posent. Etes-vous candidat à votre propre succession en 2014 ?
Si tout va bien. Il faut faire les choses tant que vous en avez envie, tant que ça vous donne du plaisir et moi, être maire, ça me donne du plaisir. Je trouve ça génial.
Gérard Collomb, vous êtes entré dans l’histoire de la ville de Lyon. Ça fait quel effet ?
C’est pas mal parce que ça donne un sens à votre vie. De notre passage il y a quelque chose qui reste inscrit dans l’histoire de la ville de Lyon.
Question incontournable pour Lyon(club)bing ? La nuit à Lyon, qu’en pensez-vous?
Ce n’est pas si mal que ça. C’est toujours un problème difficile de concilier les gens qui ont envie de faire la fête avec ceux qui veulent dormir. C’est toujours un équilibre subtil qu’on tient plutôt bien.
Et votre Monsieur Nuit, il a totalement disparu ?
Ça n’a pas bien marché. C’est passé un peu inaperçu. Ce n’était pas la bonne problématique. Je m’aperçois qu’il faut que je sois à la fois Monsieur Jour et Monsieur Nuit, donc ça fait un boulot à part entière.