Le 05 Janvier 2011
Confidences pour confidences par Laurent Argelier
Par LyonClubbing PartenairesCe mois-ci : Christian Têtedoie
Un lieu magique pour une rencontre unique. Christian Têtedoie est le premier à se lancer dans ce nouveau rendez-vous people où des personnalités lyonnaises font tomber le masque. Le grand chef de cuisine s’est confié sans détour sur son métier, son enfance, sa vie... Un pur moment d’émotion !
A quel moment avez-vous eu le déclic pour quitter les quais de Saône dans le 9è pour vous rapprocher du bon dieu ?
Et bien cela a pris quelques années puisque j’ai signé ma période d’engagement en juillet 2003. C’était un projet très important qui a pris du temps. Comme c’est un site classé, il fallait que tous les organismes compétents puissent se mettre d’accord. Avec force et patience, on a fini par y arriver.
On peut imaginer que l’investissement fut lourd, pouvez-vous nous donner son montant ?
Le montant total des travaux, si on inclut le bâtiment, s’est élevé à 3,7 millions d’euros. C’est une grosse machine qu’il faut faire fonctionner avec une grosse équipe, nous sommes 72 collaborateurs sur l’ensemble de mes cinq restaurants. Je crois en ma bonne étoile, j’ai une bonne équipe avec moi, pour l’instant les clients me font confiance et ils viennent nombreux. On est plutôt dans une phase ascensionnelle. Je suis donc relativement serein pour les années à venir.
Parlons de vous maintenant, on vous décrit comme une personne réservée, alors est-ce dans votre nature ou êtes-vous simplement un observateur de la vie ?
C’est ma nature. Je suis quelqu’un qui observe beaucoup, d’une part dans mon métier, c’est peut-être pour ça aussi que j’ai réussi à gravir tous les échelons parce que j’ai su être attentif à ce qu’il se passait autour de moi. Mais je suis timide, je n’aime pas me mettre en avant.
Enfant, étiez-vous déjà quelqu’un de timide ?
Oui, excessivement. Je suis issu d’une famille nombreuse. Faisant partie des aînés, on a toujours participé aux tâches ménagères pour aider la maman. Elle était seule pour élever sept gamins, ce n’est pas facile. Je suis d’une nature plutôt généreuse, je ne me pose jamais trop de questions sur moi-même, j’essaye de faire au mieux pour les autres. Etant très gourmand, je me suis naturellement tourné vers la cuisine.
Donc la cuisine a été pour vous le meilleur moyen de séduire et surtout d’être aimé ?
C’est complètement ça. J’ai un besoin d’être aimé qui est absolument extraordinaire et insatiable. C’est pathologique, j’ai besoin d’être aimé tout le temps. Tout ce que je fais, c’est à la fois pour faire plaisir aux autres, mais aussi pour avoir un petit rayonnement et qu’on s’intéresse un peu à moi. Etre le troisième dans une famille de sept enfants, ce n’est pas une place facile. Surtout à la campagne, les aînés étaient mis en avant, car ils allaient reprendre l’entreprise familiale et ceux qui arrivaient après, c’était plutôt « allez voir ailleurs ce qu’il s’y passe ».
Etes-vous une personne complexée ?
Je me soigne bien depuis des années et j’en ai moins. J’ai longtemps eu un complexe d’infériorité. Il faut savoir que lorsque l’on rentre en cuisine, on vous apprend à vous taire plus qu’à vous exprimer. J’ai traîné ça très longtemps. La vie a fait que pendant mon mariage ce n’était pas toujours facile et j’avais tendance à céder face à ceux qui élevaient la voix. Je n’arrivais pas à me faire entendre. On me disait toujours que ce que je faisais n’était pas bien alors forcément je n’étais pas enclin à m’exprimer.
Votre niveau d’excellence fait de votre métier une priorité peut-être au détriment de votre vie de famille, est-ce le cas ?
Absolument, j’en ai conscience, c’est un problème qui est difficile à gérer parce que je vis en couple et forcément l’autre personne subit mes absences. Toutefois, j’assume tous les choix que j’ai fais, même les plus difficiles. Puis, le projet n’est pas que pour moi, il est pour mes enfants, et la personne qui partage ma vie. J’ai besoin de temps pour tout structuré, mais j’espère bien pouvoir en profiter après.
Etes-vous un homme heureux ?
Bien sûr, je suis un homme totalement heureux. Je suis en paix avec moi-même. J’ai toujours fait beaucoup de choses pour les autres et maintenant je pense un peu à moi. Même si certaines décisions n’ont pas été faciles à prendre ni à assumer, maintenant, c’est fait.
Justement, LA décision difficile à prendre ?
J’ai quitté ma femme et mes trois enfants pour partir vivre avec un homme. Ce n’est pas facile à faire, c’est même très compliqué.
Etes-vous un homme amoureux ?
Plus que jamais.