Accueil →   Liste Interview  → 

 Lumière sur Bertrand Tavernier

Le 08 Novembre 2010

Lumière sur Bertrand Tavernier

Lumière sur Bertrand Tavernier

A l’occasion du festival Lumière 2010, nous avons eu le plaisir de rencontrer Bertrand Tavernier. Le réalisateur de « La fille de d’Artagnan » en 1994 et de « la Princesse de Montpensier » sorti le 3 novembre dernier, a bien voulu répondre à nos questions.

Vous êtes le président de l'institut lumière, je suppose que vous prenez à coeur votre mission?
Absolument, je viens assez souvent présenter des films et je participe aussi à la vie de l'institut. Il était normal de faire un festival à Lyon, berceau du cinéma. Le succès de la première édition nous a encouragé à le rééditer cette année. Vous avez commencé très jeune le cinéma, on a l'impression que vous avez été happé
par celui-ci? C'est exactement ça! J'ai été happé dès l'âge de treize ans. Les films sont devenus une autre partie de ma vie. Je me suis plongé dedans, tout comme les livres et la musique, mais le cinéma était le genre que j'avais envie d'explorer. Je voulais en faire mon métier.

Pourquoi le cinéma plus que la littérature, puisque par la suite vous vous êtes mis à l’écriture?
Je voulais être metteur en scène et écrire en image. J'ai d’ailleurs coécrit tous les scénarios des films que j'ai fait.

Vous avez dit : « les cinéastes sont les sismographes de notre époque ». Pouvez-vous nous expliquer cette phrase?
Je pense qu'il y a beaucoup de cinéastes qui ont su capter l'état d'esprit de notre pays et ce qui rendait unique leur pays. La fameuse question si mal posée de l'identité nationale, des cinéastes l'ont mise au coeur de leurs histoires. Des cinéastes américains comme John Ford ou Frank Capra ont su rendre compte de l'Amérique de Roosevelt et d’autres. Certains cinéastes anglais ont su parler de l'esprit de résistance britannique pendant la guerre. Des français ont su saisir le front populaire comme dans « Le crime de M. Lange » de Jean Renoir. Nombreux sont les réalisateurs qui ont fait des films qui ont anticipé des revendications de mai 68. Les cinéastes arrivent à sentir les problèmes. Il y a deux ou trois films qui à mon avis ont mieux parlé de l'Irak que beaucoup de livres et d'articles de journaux que j'ai pu lire. Donc je pense que les films, même de divertissement, sont en prise avec l'histoire de leur pays.

Vous-même, vous avez fait des films très engagés?
Absolument. Sur la guerre d'Algérie par exemple. Je m’intéresse aussi beaucoup à des personnages qui doivent affronter des problèmes de société.

Pourquoi ce goût pour les films d'époque?
Je ne considère pas que l'histoire soit une manière de fuir le présent. C’est même quelque fois une manière de comprendre le présent. C'est une manière de comprendre ses racines, de comprendre ce qui a pu se passer à une certaine époque. Je pense que l'imagination est quelque chose d'important et un film historique, ça oblige à être créatif.

Vous avez souvent travaillé avec votre famille?
J'ai travaillé parfois avec mes enfants, mais je ne les prends pas parce qu'ils sont de ma famille mais plutôt parce que je pense que Nils (son fils) est d'abord un excellent acteur et documentariste et que Tiffany (sa fille) a été capable d'écrire le scénario de mon film « ça commence aujourd'hui ». Ils ont su m'apporter quelque chose.

Vous avez tourné votre premier film à Lyon,vous envisagez de retourner dans la ville?

J'ai tourné plusieurs fois à Lyon, notamment un documentaire « Histoire de vies brisées : double peine à Lyon », « Une semaine de vacances » et certaines scènes de « Autour de minuit ». J'ai également tourné dans la région, à Grenoble et dans le Beaujolais. Si l’occasion se présentait de nouveau, je le ferai avec
grand plaisir !

Dans « l'Appât », vous traitez d’un fait divers réel, est-ce qu’aujourd’hui, certains vous inspirent?
J'en vois souvent qui m'intriguent, bien sûr. L'histoire Bettencourt par exemple. Cela me fascine et cela pourrait être intéressant à traiter.

Si je vous dis Romy Schneider, vous me dites…
C’est une actrice que j'adore. Elle était exceptionnelle et manque cruellement au cinéma français. Travailler avec elle était exaltant, difficile parfois parce qu'elle avait ses peurs, ses craintes. C'était difficile mais quand ça marchait, c'était enthousiasmant. Elle m'a appris beaucoup de choses. Elle se donnait dans les films avec une telle générosité, c'était formidable.

Philippe Noiret…
C’était un ami très cher et un acteur extraordinaire. Pour moi, il reste un seigneur. Sans lui, je n’aurais sûrement pas pu faire « L’horloger de Saint-Paul », mon premier film. Il a joué dans huit de mes films. On prenait toujours beaucoup de plaisir à travailler ensemble, c’était très stimulant. Le cinéma a perdu avec lui un
être important.

Vous fonctionnez au coup de coeur?
Oui, d'un coup sans expliquer pourquoi, il y a quelque chose qui se passe. C'est souvent quand j'ai terminé le film que je commence à comprendre le pourquoi du film.

Que pensez-vous d'Olivier Marshal qui a tourné un film sur le Gang des lyonnais ?
J'aime bien les films d'Olivier Marshal, je trouve que c'est quelqu'un qui a beaucoup de talent et j'attends ce film avec impatience.

Avez-vous déjà des projets?
Pour le moment je pense à la sortie de mon prochain film. C'est tellement accaparant que pendant un mois et demi, je n'ai pas le temps de me remettre au travail. Je suis pris tous les jours.

Justement vous pouvez nous parler de « La princesse de Montpensier » ?
C'est une histoire d'amour avec des personnages très jeunes, qui se passe au XVIe siècle. Derrière cette histoire d'amour, de passion entre une très jeune femme et quatre hommes, on retrouve les guerres de religions. Le moment
où les gens se battaient et s'entretuaient au nom d'un Dieu d'amour. Ce qui n'a pas beaucoup changé aujourd’hui, puisque cela fait la Une de tous les
journaux.

Quelles sont vos bonnes adresses à Lyon?
Il y en a plusieurs que j'aimerais bien essayer, tant que je ne les aurai pas faites je ne vous les donnerai  pas. Sinon j'aime bien « Le passage » et « L'Ouest » parce que nous avons une collaboration assez forte. Je suis tellement accaparé par l'Institut que je ne peux pas aller au restaurant mais j'aime bien aller également au « Comptoir du boeuf ».
 






←Liste Interview 
Copyright Suchastar.com

Pages les plus consultées par les internautes