Le 13 Avril 2005
Transbordeur : Changement de la continuité.

C’est elle qui continuera à gérer le Transbordeur, dirigée par Victor Bosh.
Mais c’est dans de nouvelles conditions que devrait s’opérer cette délégation. Le cahier des charges établi pour ce nouvel accord de gestion est assez rigoureux.
Il prévoit notamment l’organisation d’une vingtaine de concerts de groupes locaux et régionaux par saison.
Et si la Mairie de Lyon accepte le principe d’une subvention pour favoriser l’émergence de talents régionaux, elle réfute désormais toute participation financière à l’équilibre des comptes du Transbo. Ce qui inquiète certains habitués des lieux, spectateurs ou organisateurs de spectacles. "Avec ces nouvelles contraintes, il faudra bien de nouvelles recettes et il faut espérer que les gestionnaires du Transbo n’augmentent pas les tarifs de location de la salle" souligne un organisateur lyonnais de concert dans l’édition du Progrès du 12 avril.
Suite à cette désignation, Thierry Pilat, chef de file d’un des dossiers rejetés par la Mairie et accessoirement directeur du Ninkasi Kao, a lancé une lettre ouverte pour les musiques actuelles lyonnaises. Sa réaction est la suivante :
"Bonjour à tous,
Je fais suite à la reconduction de Victor Bosch à la direction du Transbordeur, et tiens à apporter mon point de vue sur la situation des musiques actuelles à Lyon.
Je remercie l'ensemble des structures, les artistes, les techniciens qui m'ont témoigné leur soutien durant la période de négociation de la DSP. Libéré du joux de cette négociation, je souhaite enfin donner des éléments de clarification sur cet appel d'offre.
Ma candidature a été refusée essentiellement pour des raisons de manque de crédibilité financière. En effet, la commission a jugé que mes budgets n'étaient pas suffisamment solides et qu'il existait un risque pour la Ville de voir mon projet péricliter dans les 2 ans à venir.
Le fait que j'ai présenté un projet largement modifié (incluant de nouvelles idées) au cours des dernières négociations, a quelque peu refroidi la commission qui a jugé cela comme un manque de stabilité de ma part. Mes réponses à ces arguments (création et gestion du Kao depuis 5 ans, compétence en gestion d'entreprise / Ninkasi ...) n'ont pas été entendus.
Je ne souhaite pas revenir sur les conditions de négociations de la DSP mais je soulignerai néanmoins les points suivants :
- La loi impose que les négociations d'appels d'offres publiques se fassent dans la plus grande discrétion. Il en résulte que les candidats ne peuvent absolument pas dialoguer avec les services de la Ville. La moindre discussion peut être considérée comme malversation, incitation etc... Tout le personnel de la Ville est tenu au secret total. Je peux vous assurer que cela a été parfaitement respecté.
De ce fait, il n'y a pas eu de débat sur les besoins véritables d'un lieu tel que le Transbordeur pour les musiques actuelles.
- Le cahier des charges fixé par les services de la Ville n'était quasiment pas négociable. Les seuls points de négociations étaient les pourcentages de redevance à la Ville sur le chiffre d'affaires (loyer) et le montant global des locations de salle payées par la ville au profit des associations (fourchette de 20 à 80000 € HT / an). Nous faisions nos propositions sur le projet culturel sans avoir le moindre retour de la part des services. Il n'y a pas eu de discussion de fond.
En fait, c'est la rédaction du cahier des charges qui a manqué terriblement de concertation auprès des acteurs des musiques actuelles. Les vrais besoins de la notre ville en la matière, n'ont pas été évalués à juste titre. Le cahier des charges devrait être repensé intégralement.
- Financièrement, le fait que le nouveau délégataire soit tenu (par le code du travail) à reprendre le personnel en place et donc à assumer les licenciements de la plupart des salariés (gérant inclus), constitue un élément fortement pénalisant pour assumer la gestion, notamment au démarrage de l'activité. Il est clair que seul Transgestion ne bénéficiait pas de ce handicap.
Je reste persuadé que si nous avions pu discuter dans le détail avec les services de la Ville ainsi qu'avec le Maire, la perception du dossier aurait été toute autre; les aménagements nécessaires au cahier des charges auraient pu avoir lieu; et les arguments culturels auraient trouvé un véritable écho.
Je considère que les arguments culturels sur ce dossier n'ont pas eu de poids face aux arguments financiers, ce qui est logique puisque la Ville ne finance pas le Transbordeur.
Aujourd'hui, je demande à Victor Bosch de rendre publique les mesures qu'il compte prendre en faveur des musiques actuelles.
En tant que directeur du Ninkasi Kao et donc membre actif des musiques actuelles à Lyon, je m'adresse désormais à la Ville de Lyon.
Un nouvel élément de la politique des musiques actuelles vient d'être mis en place. Je considère que le cahier des charges du Transbordeur ne représente qu'un strict minimum en faveur des musiques actuelles. Il ne faut pas attendre de changement radical en faveur de la création, voire de l'effervescence artistique. Victor Bosch n'a d'ailleurs aucune obligation d'aller plus loin dans cette démarche, compte tenu du fait qu'il n'a plus 150 000 € annuel de subvention de la Ville.
En officialisant la gestion du lieu après 16 ans d'exploitation, la Ville réalise des économies d'échelle (La salle coûtera désormais 2 à 3 fois moins chère à la municipalité).
Je considère que chacun des éléments de la politique des musiques actuelles municipale se fait au moindre coût et manque d'ambition. Le Transbordeur en est l'exemple flagrant.
Quelle est donc la suite de la politique de la Ville en matière musicale ?
Va-t-elle se doter de moyens financiers à l'échelle de la ville ?
Allons-nous enfin passer à une dimension supérieure véritablement ambitieuse ?
Sommes-nous capables de sortir des "sentiers battus" ?
Saurons-nous aider les projets innovants ?
Qu'en est-il de l'ouverture à l'internationale (faisant partie du projet Transbordeur) ?
Les espoirs et les attentes des acteurs locaux de terrain des musiques actuelles, ne sont toujours pas remplis. Nous voulons toujours une ville dynamique en matière musicale. Une ville capable de faire émerger une jeunesse créative. Il est temps qu'un véritable dialogue s'instaure entre la Ville et ses acteurs musicaux.
Je demande donc que soient ouverts les débats et que nous ayons des réponses claires et véritablement positives.
J'invite chacun d'entre vous à faire part de vos points de vue auprès des services concernés.
J'invite chacun des créateurs de cette ville a présenté ses travaux, ses projets.
Et j'invite la Ville de Lyon à soutenir la création.
Sincères salutations.
Thierry Pilat
Directeur de Kao Konnection
Le Ninkasi - Lyon.
Email : thierry.pilat@ninkasi.fr"
Après appel d’offres, la salle est à nouveau gérée par la société Transgestion, dirigée par Victor Bosh (notre photo). A l’origine, une dizaine de postulants avait fait parvenir un dossier à la Mairie de Lyon. Des producteurs de spectacles, des professionnels de la nuit, mais aussi Transgestion, Société Coopérative Ouvrière de Production, qui gère la salle depuis 1989...